Les Etats Unis (31/7-7/9)

Nous franchissons le cap décisif de la frontière américaine non sans un peu de stress. En effet, leurrés deux semaines auparavant par l’apparente modernité du poste frontière Guatemala-Mexique, nous avons omis de vérifier si les passeports avaient bien été tamponnés. Mal nous en a pris, car l’un des deux passeports ne présente pas le cachet d’entrée dans le pays et le douanier qui est censé nous faire le cachet de sortie est intraitable, il nous dit sans ciller que nous devons retourner à la frontière pour recevoir le cachet d’entrée afin de recevoir celui de sortie…à plus de trois mille kilomètres ! De l’incrédulité on passe à la révolte, la colère, mais ce sont finalement mes larmes (à moitié de crocodile) qui auront raison de l’impassibilité de notre douanier. Il finit par grommeler quelque chose comme « la prochaine fois vérifiez quand même » et tamponne le passeport avec un cachet dont il vient de changer la date.

C’en était moins une… Nous récupérons également la garantie du van et nous dirigeons vers l’autre poste frontière à quelques kilomètres de là, où nous franchirons la frontière des Etats-Unis. Deux heures plus tard, nous mettons officiellement « roues » sur le territoire américain. Le changement est radical. Les voitures filent à toute vitesse autour de nous sur l’autoroute à six bandes, les énormes échangeurs se succèdent. Lorsque nous empruntons la sortie, c’est pour déboucher sur de grandes avenues bordées de tous les grands noms de chaines qu’on associe irrémédiablement avec le « made in USA ». On ne parvient pas à se défaire de l’impression d’évoluer dans un décor de film ou de série…

Une fois l’assurance pour le combi en poche, nous nous dirigeons vers la promenade le long de Palisades Park, où nous nous mêlons à la foule de promeneurs, joggeurs, skateurs qui forment une belle démonstration du cliché californien, tous autant bronzés qu’ils sont…

Cette nuit-là nous dormons face à la mer, garés dans une calme rue résidentielle.

Le lendemain matin, nous regardons avec envie les surfeurs se diriger de bonne heure vers l’océan… notre programme est un peu moins gai, car nous avons décidé d’aller à une clinique qui nous a été recommandée par des expatriés français, les lésions dont souffre Martin étant de plus en plus inquiétantes. Mais avant cela, nous nous octroyons une visite du Cabrillo, petit parc surplombant la ville, où nous en profitons pour acheter nos pass « America the Beautiful » qui nous donneront accès à n’importe quel parc national !

Le reste de la journée se passe dans la clinique et aux urgences, d’ou nous ressortons bredouille, avec juste une énième prescription pour une pommade cicatrisante et une liste de dermatologues overbookés en main. Retour à la case départ. A court de solutions, nous décidons de continuer à soigner les lésions par nos propres moyens et de continuer le voyage tant bien que mal. Nous passons la soirée sur l’île de Coronado, à flâner le long de la plage face aux hôtels de luxe et en discutant de notre itinéraire des jours et semaines à venir. Celui-ci a changé par rapport à notre plan initial, et plutôt que de traverser les Etats Unis en diagonale jusque Montréal nous envisageons de remonter le long de la côte jusque Vancouver, non sans avoir d’abord fait la boucle des grands parcs nationaux du sud-ouest. Le meeting VW, qui a lieu à San Clemente dans neuf jours, devient optionnel, nous verrons si nous aurons le temps de revenir après les parcs nationaux…

Le lendemain, nous nous mettons en route vers Los Angeles et y arrivons dans le courant de l’après-midi. Nous visitons Santa Monica et sa célèbre jetée, et puis Malibu. L’après-midi touche à sa fin, et petit à petit le parking bordant la plage se vide, mettant d’autant plus en évidence notre combi garé devant un signe « No overnight parking ». Nous avons appris que la ville applique une politique stricte à l’encontre des milliers de personnes sans domicile fixe qui vivent littéralement dans leur véhicule. Nous ne sommes que de passage, mais le problème devient le nôtre le temps d’une nuit…où se poser sans risquer d’être délogé en plein sommeil ? Un homme promenant son chien, avec qui nous avions déjà brièvement conversé plus tôt dans l’après-midi, revient nous voir : « vous cherchez un endroit pour dormir ? ». Quand on acquiesce, il déploie une carte et commence à nous montrer des endroits « safe » où passer la nuit. Rapidement nous comprenons qu’il est dans la même situation que nous, mais probablement à titre permanent. Il nous indique les endroits où il est le plus susceptible d’y avoir des patrouilles, les lieux où il y a une certaine tolérance.  «Si vous voulez être vraiment face à la mer, il faut vous éloigner d’une trentaine de miles». On prend bonne note de ses conseils, le remercions et quittons le parking où nous sommes désormais presque seuls. C’est entre Topanga Beach et Malibu que nous nous établissons pour la nuit, sur le parking d’une chaine de fastfood dont le gérant nous a donné l’autorisation. Pas toujours instagram’génique, le voyage ! Après une nuit étonnamment calme et une matinée consacrée à la réparation d’une fuite d’huile, nous reprenons notre visite de la Cité des Anges, avant de mettre le cap vers l’est et la forêt Nationale de San Bernardino.

Censée n’être qu’une étape sur notre route vers les parcs nationaux, nous avons un véritable coup de cœur pour cette forêt de montagnes qui sent bon le pin et où l’air frais est le bienvenu après la canicule des grandes villes. Nous y restons finalement deux jours, partageant nos journées entre promenades dans les bois et lecture au soleil.

Au matin du troisième jour, nous levons le camp juste avant le lever du soleil car nous voulons profiter d’un maximum de fraîcheur matinale pour rouler. En milieu de matinée, nous arrivons à Victorville, qui marque l’intersection de notre route avec la route 66. Celle-ci, bien que n’existant plus que par tronçons plus ou moins longs et discontinus, reste un « must-do » dont nous entendons bien profiter un maximum !

Nous roulons les premiers kilomètres de la route plongés chacun dans un silence pensif, un léger sourire un peu benêt sur les lèvres. Oui, c’est cliché, la route 66 lors d’un roadtrip aux USA, mais elle n’en incarne pas moins la consécration d’une partie de notre rêve… ou du moins, un des points sur notre bucketlist ! Sur cette route traversant le désert brûlant, nous repensons à certains moments forts qui ont marqués notre voyage depuis le début, et aux autres qui nous attendent certainement dans les mois à venir. Sans nous jeter de fleurs, on se dit qu’on l’a rêvé, et puis qu’on l’a fait. Outre le sentiment gratifiant d’avoir réussi à mettre sur pied un tel projet, avec l’aide de proches et de moins proches, et bien que nous soyons tout à fait conscients que nous ne sommes même pas encore à la moitié du voyage, il y a comme un ressenti de d’infinies possibilités, d’autres rêves qui ne demandent qu’à être accomplis.

C’est dans cet état positivement songeur et contemplatif que nous passons à travers de petits hameaux, à nouveau digne de décors de films… certains offrant des curiosités locales, connues et moins connues, à visiter. Vers midi, nous faisons une brève halte au Bagdad Café, avant de continuer.

Nous longeons le désert Mojave, et la chaleur est torride ; fenêtres grandes ouvertes, nous tentons de capter un peu d’air dans cette fournaise. Nous arrivons à Needles, qui est effectivement décrite dans notre guide comme « ville la plus chaude des USA ». Heureusement, nous ne nous y attardons pas, et celle-ci marque la dernière ville californienne sur notre parcours. Franchissant le Colorado, nous passons en Arizona, où notre prochaine étape est Oatman. Pour y parvenir, la route grimpe un peu dans un environnement rocheux digne d’un Far West. Impression semblable à Oatman, où le kitsch rejoint l’authentique dans cette ancienne ville de chercheurs d’or. Au milieu de la main street en terre battue déambulent en totale liberté des ânes, descendants de ceux qui accompagnaient les prospecteurs d’or au XIXe siècle. Nous faisons un petit tour dans le village, le temps de nous dégourdir les jambes, avant de poursuivre notre route, pour atteindre la dernière étape de la journée, Kingman.

Le jour suivant, toujours sur la route 66, nous filons vers l’est, presque en ligne droite jusque Flagstaff, où nous bifurquons vers le nord pour atteindre le parc national du Grand Canyon.

Les jours qui suivent se passent de mots, tant nous évoluons dans des décors tous plus majestueux les uns que les autres…Grand Canyon, Zion National Park, Bryce Canyon, et pour finir, Yosemite National Park nous offrent un bel aperçu de ce que la nature a de plus beau.

Après notre « tournée des parcs nationaux », et une traversée du Nevada ponctuée d’un arrêt dans un hameau au centre d’une zone ufologique, (pas de petits bonshommes verts à l’horizon mais plusieurs centres et magasins de souvenirs tous plus loufoques les uns que les autres), nous retournons sur la côte à San Francisco, où nous attendent Luis et Laura, les parents de Denisse que nous avons rencontrée au Mexique et qui nous a chaudement encouragés à les contacter. Leur accueil dépasse de loin nos espérances les plus folles. Nous sommes reçus comme si nous étions chez nous, et pendant plusieurs jours nous retrouvons quelque chose de semblable à une vie familiale, déjeunant et dinant tous ensemble, partageant des soirées bien arrosées avec le reste de la famille qui va et vient au gré des fêtes et des repas dans leur petit pavillon du côté est de la baie. Entretemps, un rendez-vous dans un service dermatologique de l’hôpital universitaire de San Francisco a été organisé en amont par la mère de Martin, qui depuis la Belgique a également réussi à faire bouger notre assurance. La prise en charge est prometteuse mais longue et contraignante, avec plusieurs prélèvements et tests, et nous passons deux semaines à San Francisco à visiter la ville entre deux rendez-vous.

Au bout de ces deux semaines, nous prenons la décision de reprendre la route sans attendre les résultats des prélèvements effectués sur les blessures de Martin, car ceux-ci peuvent prendre plus de trois semaines. Sachant que le diagnostique peut être communiqué par téléphone et le traitement, quel qu’il soit, transféré à n’importe quelle pharmacie des USA, nous quittons la ville en croisant les doigts. Les aux revoirs avec Luis et Laura sont difficiles, mais nous nous raccrochons à l’idée que nous les reverrons, non pas ici à San Francisco, mais au Chili, où ils comptent déménager dans le courant de l’année.

Nous franchissons le Golden Gate sans le voir, le brouillard étant dense ce jour-là, et entamons notre remontée vers le nord le long de la côte. Le changement par rapport à la côte sud de la Californie est radical. Finies les longues et immenses plages de Los Angeles, ici le rivage est tortueux et rocheux, et la route slalome en épousant le moindre caprice de la nature, s’élevant parfois à plusieurs centaines de mètres au dessus de l’océan. Chaque jour nous nous endormons et nous réveillons au son des vagues, et la route est tellement scénique que nous progressons plutôt lentement. Au bout de quelques jours, un élément inattendu vient cependant altérer le paysage : la fumée. Celle-ci provient de plusieurs feux de forêt situés à une centaine de kilomètres, et elle envahit tout le nord de la Californie et l’Oregon. Le paysage se voile, et nous entrons en Oregon sous un soleil rendu rouge par le filtre de cette fumée.

Sur notre parcours, nous avons plusieurs fois l’occasion d’admirer des phoques, mais aussi des baleines, qui nagent paisiblement au large.

Délaissant la côte pour un jour, nous visitons le Quilaute Lake National Park, après avoir franchi la rivière Colombia et être passés dans l’état de Washington. Le parc fait lui même partie de la forêt tropicale de la péninsule Olympique. Toute la côte pacifique connaît une sécheresse inquiétante, mais ici la nature reste verte, la végétation puisant son eau dans ses réserves. Nous nous essayons le temps d’une matinée au canoë, dans un mélange de brume et de fumée planant sur le lac.

Nous retournons ensuite sur la côte, le long de plages sauvages telles que Ruby Beach, La Push, nous rapprochant toujours un peu plus du Canada. Les nuits en forêt et en bord de mer s’alternent, jusqu’au jour où nous arrivons à Port Townsend, à l’extrême est de la Péninsule, où nous prenons le ferry qui nous ramène sur le « continent ». Nous disons au-revoir aux Etats Unis, et nous préparons à passer la frontière canadienne…

 

Encore plus de photos!

 

 

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