Le Laos

 

« … au Laos, la musique coule à mes oreilles… ». Cette rengaine en tête marque notre voyage dans ce beau pays. De manière quelque peu ironique parfois, quand on entend résonner au loin les soirées karaoke dont les gens semblent raffoler ici, mais elle illustre aussi bien la douceur de vivre qui émane du quotidien des villages que nous traversons. D’abord dans le sud, quand nous délaissons le combi le temps d’une journée pour explorer en scooter les Quatre Mille Îles du Mékong (on ne les a pas comptées !). On emprunte des barges pour le moins artisanales, construites avec deux pirogues reliées par de simples planches en bois, pour passer d’île en île. L’affaire nous semble déjà assez exotique, on ne s’imagine pas que quelques jours après, ce sera le combi qu’on transportera sur une de ces embarcations à l’allure…sommaire ! Et pourtant, pour rejoindre Champassak, notre prochaine destination, il s’agit pour ainsi dire du seul moyen de traverser le Mékong, à moins de parcourir une centaine de kilomètres en amont pour prendre un pont… on hésite, et puis quand on voit qu’un camion s’engage sur le bac sans problème, on suit l’exemple… et on arrive sans souci à l’autre rive. Nous passons deux nuits juste au bord du Mékong, près de l’office du tourisme. Là se déroule le spectacle traditionnel d’ombres et de marionnettes, auquel nous ne manquons pas d’assister le deuxième soir. Animé par un orchestre traditionnel, la représentation se déroule en plein air, à la lumière des lanternes en papier, et attire pas mal de monde. En majorité des touristes, mais aussi des locaux qui viennent assister à l’histoire de Ramayana, la célèbre épopée hindoue. Une fois le spectacle terminé, on rejoint le combi garé juste à côté du théâtre en plein air, et on s’endort au son des acteurs prêtant leur voix aux marionnettes, qui répètent pour leur prochaine représentation.

De Champassak, on continue à remonter vers le nord le long du fleuve, avant de bifurquer vers l’est pour aller « prendre l’air » dans les hauteurs du plateau de Boloven. Comme à chaque fois qu’on quitte les zones de grosses chaleurs, on retrouve le plaisir des nuits fraîches et des bivouacs dans la nature, car qui dit camping sauvage dit pas de douche, ce qui peu être assez inconfortable sous 35°C. Quoiqu’en terme de douche, on en a une à disposition pas loin, sous forme d’une belle cascade d’eau glaciale ! On ne manque pas de s’y baigner durant les deux jours que nous passons sur place, avant de reprendre la route vers le nord. Nous faisons un petit détour par « la boucle », un itinéraire populaire auprès des voyageurs car faisant passer par des paysages somptueux. Il faut dire que nous ne sommes pas pressés d’arriver à Vientiane, même si le passage y est inévitable… nous devons penser à la suite du voyage, et faire nos demande de visas pour les pays à venir : la Chine, et la Mongolie. En plus de cela, nous devons prolonger notre visa laotien. Bien entendu, les formalités ne peuvent pas se faire de manière simultanée, car chaque institution garde le passeport pendant la durée d’obtention des sésames. Cela aurait été trop simple sinon… La paperasserie ne nous avait pas manqué, depuis le Cambodge ! Mais comme souvent lors des épisodes un peu fastidieux de notre voyage, un heureux hasard nous fait rencontrer Mike, un expatrié canadien qui tient un garage en plein centre de Vientiane. Bien que nous n’ayons pas de grosse réparation à faire sur le van, il nous offre l’hospitalité dans son atelier couvert, avec toutes les commodités nécessaires. Du grand luxe, pour un séjour dans une capitale ! En plus de cela, il nous donne le feu vert pour utiliser les différentes infrastructures de son atelier, comme le pont, ce qui permet à Martin de procéder à un gros check-up du van dans les meilleures conditions. La chance continue de nous sourire, quand nous obtenons nos visas mongols en un jour au lieu des trois annoncés, et que la demande de nos visas chinois se révèle être d’une facilité déconcertante. Alors que nous avions prévu minimum dix jours à Vientiane, nous quittons la ville seulement une semaine après notre arrivée, avec nos trois visas en poche.

Direction Vang Vieng ou plus exactement, Nathong, un petit village situé à dix kilomètres de la ville où nous attend un projet auquel nous avons décidé de consacrer deux semaines de notre temps de voyage. SAE LAO est une ONG dédiée à l’éducation qui offre des cours d’anglais à pas moins de deux cent élèves des villages avoisinants. Passer d’un quotidien où nous décidons de A à Z du déroulement de nos journées à une organisation imposée se révèle un peu plus difficile que prévu au début, mais une fois adaptés nous nous plions volontiers au rythme de l’association, qui s’articule autour des « morning tasks », des projets de construction et des cours du soir donnés dans les écoles avoisinantes. Martin se voit attribué la tâche de refaire l’électricité d’une bonne partie des infrastructures, et il y a du pain sur la planche! Bien que l’organisation nous fasse parfois penser à une colonie de vacances pour jeunes adultes, nous constatons rapidement que le cursus dispensé aux élèves n’en est pas moins très sérieux et bien encadré. Au bout de ces deux semaines nous repartons, contents d’avoir enfin pu contribuer à une association locale.

Notre prochaine étape est Luang Prabang, l’ancienne capitale du Laos classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Comme toujours après une journée de route un peu éprouvante, le tronçon entre Vang Vieng et Luang Prabang ayant été fidèle à sa réputation de route rock ‘n’ roll, nous arrivons un peu stressés et échevelés dans la vieille ville. Et comme à chaque fin de trajet, nous nous attendons au pire, car nous avons forgé une théorie partant du constat que les derniers kilomètres sont souvent les plus éprouvants (redoublements de nids de poule, circulation d’enfer, chaleur excessive et on en passe), mais Luang Prabang est l’exception qui confirme la règle ! Les routes sont belles, le trafic est inexistant et l’impression générale est celle d’une ville accueillante. Une fois établis dans le jardin d’une guesthouse, nous partons nous balader à pied, et cette impression est confirmée par la beauté de la ville, par la présence de trottoirs dégagés et de passages pour piétons, comble du luxe dans ces contrées où le piéton est tout sauf roi ! Mieux encore, certaines rues deviennent interdites à la circulation en fin de journée, quand le marché nocturne s’installe. Le mélange entre les nombreux temples, les bâtisses coloniales restaurées et les boulangeries (un des héritages du protectorat français) en fait notre coup de cœur en matière de villes asiatiques. On pourrait dire que ce que la ville gagne en confort, elle le perd en authenticité (car oui, les klaxons incessants des tuk-tuks, les embouteillages monstres et le chaos général font partie intégrante du paysage urbain en Asie du Sud-Est), mais nous le prenons comme un répit bienvenu après trois mois passés à voyager en Thaïlande, au Cambodge et au Laos. Au deuxième matin, nous nous levons à l’aube pour assister au Tak Bat, la fameuse procession des moines bouddhistes en quête d’aumônes, mais nous nous en désintéressons vite, un peu gênés par le comportement de certains touristes qui n’hésitent pas à photographier les jeunes moines de très près ou à se donner en spectacle dans un simulacre d’offrande. En dehors de l’axe principal où se déroule la procession matinale, on assiste au réveil de la ville, dans des rues exemptes de toute présence touristique, et notre réveil à l’aube s’en retrouve largement compensé.

Au bout de trois jours, on s’éloigne un peu de la ville pour aller passer la nuit à l’entrée des cascades de Kuang Si, afin de pouvoir en profiter dès le lendemain matin sans l’afflux touristique. Notre stratégie est couronnée de succès, et le lendemain nous avons les bassins d’eau turquoise rien que pour nous durant une bonne partie de la matinée. Après une dernière baignade, on se remet en route. Notre ultime étape avant le passage de la frontière chinoise est la région du parc national de Namtha, qui est une des rares zones de préservation de la forêt primaire au Laos et également le territoire de nombreuses minorités ethniques. On organise via une agence un trekking d’une journée dans la montagne pour le surlendemain. Un petit incident vient compromettre nos plans pendant quelques heures ; lors d’une ballade dans le village, un chien m’attaque et me mord à sang à la cuisse. La plaie est superficielle, mais les risques de rage sont bel et bien réels en Asie. La nature de la maladie fait froid dans le dos et ne laisse pas de place à la moindre prise de risque (en cas de contamination avérée et non traitée dans les 72h, la mort est inéluctable), alors après avoir désinfecté à fond la blessure on file à l’hôpital régional, en espérant qu’ils aient le traitement. Car même si nous nous sommes fait vacciner avant notre départ, deux rappels sont obligatoires pour bénéficier d’une protection à 100%. Heureusement, un des médecins aux urgences parle un peu français et nous confirme avoir le traitement post-exposition. Au final, plus de peur que de mal, et le lendemain on est au rendez-vous pour notre trekking dans les montagnes environnantes. On peut dire que la randonnée est bien intense et le rythme de marche soutenu, alors à midi on s’écroule par terre et on est content d’engloutir des préparations locales servies sur des feuilles de bananiers. Pousses de bambous au piment, riz gluant, nouilles au jeune bambou, légumes verts inconnus au bataillon…on se régale ! Le guide nous raconte des histoires liées au passé de son village, des légendes faites de vengeances d’esprits de serpents, de villages dévastés par des crues provoquées par la colère des esprits. « Un jour, quand j’étais enfant, j’ai été très malade, nous raconte-t-il, et les esprits sont venus me dire que pour guérir je ne devais plus manger de viande de cochon ni de chèvre ». Là où nous n’entendons que des histoires d’épidémies, de phénomènes climatiques naturels et d’intoxications alimentaires, lui nous présente une version où les esprits et les phénomènes magiques font partie intégrante d’un quotidien souvent difficile. Le trek se poursuit l’après-midi, nous faisant passer par deux villages de minorités ; l’occasion pour Martin de donner un coup de main au villageois, qui se sont tous rassemblés pour déplacer…une maison ! Rien de moins. La randonnée se termine en fin d’après-midi, et le pick-up nous ramène à Luang Namtha, où nous nous sommes octroyés quelques jours en guesthouse pour fêter l’anniversaire de Martin. On y reste encore deux jours, le temps aussi de bien nous préparer pour le passage de la frontière chinoise. Le dernier jour, après un passage à l’hôpital pour une piqûre de rappel, on entame notre dernière étape au Laos. On s’apprête à clore le chapitre de l’Asie du Sud-Est, où nous seront restés au total trois mois, et à entamer une nouvelle phase de notre voyage : La Chine, la Mongolie, le Kazakhstan et la Russie !

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